Qui perd gagne: Le Feuilleton, Le Chapitre Deux(1957)

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Qui perd gagne: Le Feuilleton, Le Chapitre Deux(1957)


“Star Cine Roman”, 1 February, 1957.

Le premier événement extraordinaire de la journée a lieu au retour de Bertrand à son bureau. Un huissier lui communique qu’il est attendu depuis plus d’une heure au numéro dix, bureau qui représente pour Bertrand le plus profond mystère.

Plein de curiosité et d’appréhension, il se rend au numéro dix. Là, il apprend que la fameux bureau est celui de l’un des propriétaires de la maison, le très riche Monsieur Dreuther, qu’il n’a entrevu qu’une seule fois en trois ans de travail. Le multimillionaire ne semble pas s’être aperçu de la timide arrivée du jeune homme, qui tousse discrètement pour se faire remarquer … Ce n’est qu’alors, que le magnat daigne se retourner vers le chef comptable, le patron de Bertrand lui aussi présent …

Dreuther: Qu’est-ce que c’est que cet individu? Qu’est-ce qu’il veut?

Arnold: Monsieur, c’est Bertrand, mon adjoint … vous l’avez fait appeler …

Le visage de Dreuther exprime la plus parfaite réprobation …

Dreuther: Mais, il y a plus d’une heure que je l’ai appelé.

Monsieur Blixon, le second et non moins riche propriétaire de l’affair est là lui aussi. Voir en un seul jour, les deux directeurs, est un tel événement, que Tony ne peut s’empêcher de s sentir un peu troublé. Blixon intervient …

Blixon: Monsieur Bertrand était sorti pour déjeuner, comme je vous l’ai dit, Dreuther. Vous avez la déplorable tendance d’oublier que les gens ont l’habitude de manger à cette heure … ainsi moi, par exemple, je meurs de faim en ce moment …

Dreuther ne relève même pas l’insinuation, et soumet à Bertrand un dossier couvert de chiffres …

Dreuther: Monsieur Bertrand on me dit que les chiffres vous sont familiers, ce qui es plutôt rare dans la Maison. Examinez-moi ce bilan et dites-moi comment il se fait qu’il soit faux …

Au fond de lui-même, Bertrand pousse un profond soupir de soulagement, on l’a donc convoqué pour faire appel à son habileté et non pas, comme il le craignait, pour quelque communication désagréable … sous le regard préoccupé du chef comptable, il s’empresse de prendre le dossier des mains du directeur …

Dreuther: Il s’agit d’une erreur minime: sept sterling, neuf shilling et quelque pence. Mais vous comprendrez que ce n’est pas cela qui compte, mais le principe … n’est pas, Arnold? Nous sommes chargés de la direction d’une grosse enterprise, et nous devons mériter la confiance des actionnaires …

Arnold: Mais, Monsieur Dreuther, les actionnaires ce cont vous deux … Vous et Monsieur Blixon … vous possédez le quartre-vingt-dix pour cent de toutes les actions …

Dreuther: Et L’Autre? Vous oubliez l’autre Monsieur Arnold … L’Autre qui avec son joli petit paquet d’actions, peut faire pencher la balance où bon lui semble, et devenir pratiquement l’arbitre de tout! C’est à lui que je pense, ce matin! Blixon, vous avez toujours un exellent appétit. Allez donc déjeuner si vous voulez …j’arrangerai tout tout seul, comme toujours … je me contenterai d’un vérre de lait …

Blixon: Excusez-moi, mais … je fait réserver une table au Berkeley …

Bertrand s’est plongé dans les chiffres, avec le zèle d’un employé appelle à faire montre de son habilité … c’est comme s’il mettait une véritable passion à son travail … Dreuther s’est fait porter un verre de lait. Il à congédié le chef comptable et s’est confortablement installé sur le divan…

Dreuther: Ne vous pressez pas, monsieur Bertrnd … nous avons tout le temps qu’il nous faut … je me sens plus calme quand Blixon n’est pas là … J’éprouve un sentiment de paix, je pense à mon yacht: luxe, calme et volupté … vous lisez Baudelaire, monsieur Bertrand?

Bertrand: Un peu … mais je ne trouve guère d’ordre, ni de beauté dans le chiffres de monsieur Blixon … j’ai découovert l’erreur, et aussi la cause … et quant aux poètès, je préfère Racine. A cause du mathématicien, sans doute, qui est en moi …

Dreuther: Très intéressant. Venez ici, Monsier, asseyez-vous … donc, pour vous, les chiffres présentent réellement un interêt?

Bertrand: Certainment, Monsieur … je vais peut-être vous dire une chose qui vous semblera idiote, mais, pour moi, les chiffres ont une personnalité, une vie propre …

Dreuther: Diable!

Bertrand: Et ils finissent toujours pas nous révéler une vérité lumineuse, irréfutable … je voux dire qu’on peut obliger les chiffres à l’obéssance, qu’on peut leur imposer une discipline, comme à des soldats …

Dreuther: Très intéressant … et la cause de l’erreur?

Bertrand reprend immédiatement son attitude de subordonne et se remet debout devant Dreuther.

Bertrand: Ce sont les machines calculatrices des employés de Monsieur Blixon. Ce sont des Revolg, qui tendent à s’entraver, au bout d’un certain temps; je conseillerais de les renplacer par des calculatrices électriques.

Dreuther: Parfait. Mais, vous avez l’air un peu fatigué, Monsieur Bertrand … depuis combien de temps n’avez vous pas pris de vacances?

Encouragé par la bienveillance que Dreuther lui témoigne, Bertrand se laisse aller avec plus de confiance.

Bertrand: Je dois bientôt les prendre, Monsieur … et je peux vous assurer que je les attends avec impatience, car je dois me marier et partir en voyage de noces. Ma fiancée voudrait aller à Bounrmouth, mais …

Dreuther: Bournemouth? Ça ne me semble pas très indiqué … pourquoi ne pas aller plus au Sud, à Rio de Janeiro, par example? Mieux … votre charmante femme et vous-même, devriez venir à bord de mon yacht. C’est très simple: vous vous mariez à Monte Carlo, le trente … je passe vous prendre et nous faisons ensemble toute la côte italienne, jus-qu’à Naples, Capri, Ischia … ça vous va?

Tony croit rêver.

Tony: Ce serait magnifique, Monsieur … mais … outre que nous avons déjà décidé de nous marier à Saint Luc, à Victoria … nous …

Dreuther: Mais non c’est ridicule. Vous vous marierez civilément à Monte-Carlo … je serai votre témoin et nous partirons ensuite pour Portofino …

Sans attendre, le millionaire appuie sur une sonnette, et à son appel, ses secrétaires arrivent, toutes porteuses d’un verre de lait …

Dreuther: Mademoiselle Bullen, arrangez-vous pour que monsieur Bertrand puisse se marier, à Monte-Carlo, le trente de ce mois , à 4 heures de l’après midi. Je sais qu’il y aura des difficultés mais je ne veux pas en entendre parier …

Mademoiselle Bullen n’a pas le temps de s’étonner qu’elle est déjà congédiée …

Bullen: Monsieur Bertrand, doit se marier le trente à Monte-Carlo? Bien, Monsieur, ce sera fait.

Après le départ de sa secrétaire, le directeur se tourne vers Bertrand encore stupéfait …

Dreuther: Y a-t-il encore, qualque chose, mon ami? Pense riez-vous toujours à vos chiffres?

Bertrand: Non, non, Monsieur … ce n’est pas ça … c’est que … Je pensais plutôt à ma fiancée … elle est assez autoritare … et …

Dreuther: Autoritaire? Eh bien, je peux vous donner un conseil, menez-la fremement. Au revoir, monsieur Bertrand, à Monte-Carlo.

Tel est le début de l’aventure qui bouleversera complètement la paisible existence de Tony et de sa fiancée. Le teune homme n’aura pas besoin de suivre les conseils de son patron, mais il devra user de toute sa persuasion pour faire accepter à la jeune fille l’extraordinaire occasion qui leur tombe du ciel. Elle finit par consentir à se marier civilement à Monte-Carlo, mais l’aventure lui semble trop compliquée pour qu’elle partage l’enthousiasme de Tony …

TO BE CONTINUED


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